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Hommage à Robert Duhoux

Robert Duhoux, Conseiller municipal et Conseiller communautaire, nous a quittés brutalement le 23 février dernier. Il allait fêter ses 80 ans.

Robert Duhoux naît le 17 avril 1929 à Darney, à l’ouest d’Épinal, dans le département des Vosges, en région Lorraine. Son signe astral ne ment pas : Robert est un Bélier, il sera solide et fonceur.
Le papa de Robert est gérant d’un magasin d’alimentation générale, L’Union. Plus tard, il gère, avec sa fille aînée, Les Magasins Réunis de Darney. Sa maman s’occupe d’élever Robert et ses deux sœurs.
C’est à l’école de la Malgrange, à Nancy, que Robert fait des études secondaires. Après le baccalauréat, en 1948, déjà animé de cette envie et de ce besoin de s’occuper de son prochain, il commence des études de médecine à l’université de Nancy. Là, il intègre une chorale d'étudiants en médecine, la Chorale du Petit Prince, qu’il fréquentera une vingtaine d’années. Possédant une belle voix de baryton, Robert est l’un des solistes de cette chorale qui se produit dans les hôpitaux de Nancy, entre autres, et qui effectue des tournées en Suisse ou en Belgique dans de grands hôtels souvent prestigieux. Si ces choristes remportent de jolis succès ⎯ ils chantent même un jour avec Édith Piaf ⎯ ils ne perçoivent aucun cachet ; c’est pourquoi ils font la quête pendant l'entracte et distraient les spectateurs par de joyeuses saynètes.
Robert et deux de ses camarades de chorale logent chez une vieille demoiselle de la bourgeoisie nancéienne. La gentille demoiselle habite avec sa fidèle domestique, célibataire elle aussi, et les trois jeunes garçons apportent dans leur appartement feutré un air de jeunesse et de gaîté. Les deux vieilles dames s’amusent des gentilles farces concoctées par ce trio de joyeux compères. Robert a déjà ce charisme et cette bonne humeur irrésistible que nous lui connaissions et qui le faisaient aimer de tous.
Mais les membres de la chorale se marient tour à tour et leurs chemins divergent. Néanmoins, ils continuent de se rencontrer une fois par an. C'est Robert qui emmenait régulièrement à ces repas annuels une de ses vieilles amies choristes, Madame Andrée Blum, qu’il avait connue à Nancy : il faisait un petit crochet et passait la prendre à Vittel où elle habite à présent. Ce fut encore le cas en septembre dernier.
Malheureusement, Robert est contraint d’abandonner ses études de médecine pour des raisons de santé. Il s’oriente alors vers la filière commerciale, toujours à Nancy. C’est au cours de ces années qu’il rencontre Christiane Bayer, étudiante elle aussi, qui deviendra sa femme en 1952. Deux filles leur naissent, Anne-Marie en 1953 et Christine en 1957.
Dans les années 1950, Robert travaille à Paris pour la société Philbée, fabricant de pain d’épices, puis à la chocolaterie Lanvin (appartenant aussi au groupe de la Générale alimentaire), toujours à Paris. En 1962, la famille Duhoux quitte la capitale pour s’installer à Dijon et Robert partage sa vie professionnelle entre ces deux villes, puis, vers la fin des années 1960, intègre l’entreprise Lanvin à Dijon en tant que directeur commercial et ce jusqu’en 1975. C’est une période professionnelle débordante d’activité car Robert, fonceur et excellent gestionnaire, n’est pas de ceux qui hésitent longtemps avant de s’engager dans un projet. Ne dit-il pas souvent : «.Les meilleures affaires se font sur le champ.» ?
C’est en 1976 que Robert et sa famille s’installent à Asnières-lès-Dijon, au lotissement des Montureaux. La Bourgogne l’a adopté et il a adopté la Bourgogne, mais sans jamais renier ses Vosges et sa Lorraine natales. Quand, en plein hiver, il faisait un froid de gueux et que nous tentions de lui refermer son col de manteau, grand ouvert, Robert proclamait en riant et avec fierté : «.Je n’ai jamais froid, je suis un Vosgien.», et tout était dit.
Quand Robert quitte l’entreprise Lanvin au moment du rachat de celle-ci par un groupe étranger, il travaille dans un magasin d’horloges comtoises à Dijon. Quelque temps après, il achète une machine pour confectionner des bonbons de chocolat et reprend la société Baryse (Baryse-Delespaul), implantée rue Camille Saint-Saëns à Dijon, qu’il gère avec quelques associés. Il saisira l’opportunité de la vendre dans de bonnes conditions en 1986. Et c’est alors qu’il se lance, avec l’enthousiasme et l’efficacité que chacun lui reconnaissait, dans les activités associatives caritatives, car il n’est pas de ceux qui peuvent demeurer oisifs, surtout face à la souffrance et l’indigence matérielles ou morales.

La CIPCR (Caisse InterProfessionnelle des Cadres Retraités) de Bourgogne Franche-Comté est une association qui fut tout particulièrement chère au cœur de Robert. C’est en 1988, avec Jean Caillard, actuel président de l’amicale de Franche-Comté, que Robert crée la CIPCR Bourgogne Franche-Comté. Lui-même en est le président pour la Bourgogne. La CIPCR compte en France plus de vingt amicales et environ cinq mille adhérents issus de divers groupes de retraite complémentaire du régime des cadres. L'amicale Bourgogne Franche-Comté, comme toutes les autres, a pour vocation de rompre l'isolement. Elle propose des activités sportives et ludiques, mais aussi des activités caritatives, des actions d'entraide et de solidarité (recherche d'emplois pour les cadres, collecte pour la banque alimentaire, actions humanitaires). Lors de l’Assemblée générale qui s’est tenue en mars dernier, Maurice Andrevon, vice-président, a rendu hommage à Robert Duhoux et à son action.
En l989, Robert Duhoux entre au Conseil d’administration de l’URIOPSS, attiré par Philippe Godeau, alors Président, qui l’a connu dans la vie professionnelle à la chocolaterie Lanvin et à qui le charisme de Robert n’a pas échappé. Robert est administrateur de cette association pendant vingt ans. Depuis 1947, vingt-deux Unions Régionales Interfédérales des Œuvres et Organismes Privés Sanitaires et Sociaux travaillent sur tout le territoire. En 1999, Robert, chargé de l’intérim de la présidence après le décès de Monsieur Surbier, demande à Madame Marie de Monjour d’entrer à son tour à l’URIOPSS ; Robert est « bon vendeur » et bien qu’ayant décidé de se retirer de toute activité publique, Marie de Monjour accepte… La vie d’une association n’est pas toujours de tout repos, loin de là… L’URIOPSS exige beaucoup d’attention, de déplacements dans les quatre départements de la région Bourgogne.; militant discret, toujours présent et dévoué, Robert est de toutes les réunions..servant souvent de chauffeur avec sa voiture personnelle..et sait dispenser ses encouragements et manifester son soutien sans jamais se mettre en avant. Robert, avec son bon sourire et sa légendaire gentillesse, solide comme un roc, malgré de lourdes épreuves familiales, ne se plaint jamais et surmonte sa peine en s’occupant des autres… Malgré ses soucis, il accepte respectivement la charge de vice-président, puis celle de trésorier, et enfin celle de trésorier adjoint. Sa fidélité, il l’exerce aussi à l’égard de toute l’équipe de salariées et de bénévoles de l’URIOPSS qui savent pouvoir compter sur lui : il ne se passe pas une semaine sans une visite réconfortante de sa part au bureau. Jusqu’au bout, il participe aux activités de cette association.
Robert œuvre également avec dévouement à la Banque alimentaire à partir de 1995. Les soixante-dix-neuf banques alimentaires de France sont des associations regroupées en une Fédération qui est une association de bienfaisance. Depuis la création de la première banque alimentaire française à Paris en 1984, ces associations collectent, gèrent et partagent des denrées alimentaires pour aider les personnes démunies à se restaurer. Leur action se fonde sur la gratuité, la lutte contre le gaspillage, le don, le partage, le bénévolat et le mécénat. Aujourd’hui, en France, les banques alimentaires couvrent presque la totalité du territoire. Robert est membre du Conseil d'administration de la Banque Alimentaire de Bourgogne de 1996 à 2007. En dehors de cette mission globale, il s'occupe principalement de la collecte auprès du grand public dans le magasin Super U Les Arandes où il connaît tout le monde et entretient d'excellentes relations avec les différentes directions qui s'y succèdent. C'est lui qui mobilise d'autres bénévoles pour assurer les permanences sur deux jours, aussi bien fin novembre pour la collecte générale, qu'en mars pour celle, spécifique, d’aide à la petite enfance. À chaque campagne, Robert est présent et se dévoue sans compter pour apporter du secours aux plus démunis. Tous ceux qui l’ont côtoyé dans cette mission ont gardé de lui le souvenir d'un homme discret dans ses actes, profondément respectueux des autres et des engagements pris, toujours prêt à rendre service et toujours avec le sourire.
Durant de nombreuses années et jusqu’en 2009, il est aussi adhérent de l’Office des Sports, de la Culture et des Loisirs d’Asnières et membre, en particulier, du Comité d’organisation des Chevalets d’Asnières, auxquels il apporte régulièrement son aide physique ou sa participation financière aux manifestations quand il est retenu ailleurs.

À Asnières-lès-Dijon, Robert est élu Conseiller municipal en 1989 et le reste jusqu’en 2009, excepté une pause..voulue par lui..entre 1995 et 2001. Il est aussi élu Conseiller communautaire du Val de Norge en 2001. Il prend sans relâche une part active à la gestion de la commune d’Asnières, et à celle du Val de Norge, apportant dans les débats d’idées et les prises de décision cette part de l’expérience, de la réflexion et de la sagesse acquises au long d’un parcours professionnel bien rempli, et dans l’administration des nombreuses associations auxquelles il se consacre.
Au sein du Conseil municipal d’Asnières, il préférait qu’on l’appelât «.notre Sage.» plutôt que «.notre Aîné.» ou «.notre Ancien.», car c’était un philosophe et un homme de grande culture. Plutôt que d’apporter un avis tranché dans une discussion, il aimait à questionner ses interlocuteurs, les amenant à s’interroger à leur tour sur l’essentiel de la vie et à trouver en conscience la solution la plus œcuménique.
Quand il arrivait à la mairie, grande silhouette solide et rassurante, chacun s’empressait autour de lui pour le saluer et s’enquérir de sa santé. À nous, ses «.petites.», il répondait avec un grand sourire en nous serrant dans ses bras.: «.Viens que je t’embrasse avant tout.». Et il nous retournait notre question sans y répondre vraiment, par pudeur, par discrétion, et parce que, surtout, résolument tourné vers autrui, c’est autrui qui lui importait. Dans la vie de Robert Duhoux, il y eut une quadruple constante.: sa gentillesse, son dévouement, son abnégation, sa discrétion.
De sa Lorraine natale, pays au climat rude, pays de traditions multiples, pays de vignobles et de gastronomie, il avait le goût du manger et du boire de qualité, qu’il perpétua en Bourgogne, sa terre d’adoption, et rien ne l’enchantait plus qu’un bon repas pourvu qu’il fût partagé en famille ou entre amis qu’il régalait alors de sa jovialité et de sa faconde. Il avait une excellente cave et un de ses grands plaisirs était, pour fêter une occasion particulière, d’ouvrir une très bonne bouteille qu’il se réjouissait de partager. Il a longtemps pratiqué la chasse, en Lorraine, en Alsace ou aux environs d’Asnières, activité de loisir qui servait aussi de prétextes à de plantureux repas avec ses amis, chasseurs ou pas, réunions toutes de gaîté et de bons mots.
De sa Lorraine natale, surtout, il avait la solidité sans faille. C’était un battant, digne représentant de ces Lorrains courageux et durs à la tâche, identifiés à leur pays qui, pour avoir traversé tant de vicissitudes, subi tant de terribles batailles et vécu tant de conflits à travers les âges, a forgé le caractère et la mentalité des Lorrains et structuré leur esprit de solidarité. Robert était aussi un chrétien et un catholique convaincu. Profitant d’une visite familiale dans le Sud-ouest de la France à l’été 2008, il s’était rendu à Lourdes.
C’était un ami fidèle, un grand homme pour tous ceux qui l’ont connu, apprécié, aimé. Les témoignages de ses nombreux amis sont unanimes. Dans quelque domaine où il intervînt, son charisme, son courage et son dévouement appelaient naturellement le respect.

Nonobstant, lui, l’homme fort et persévérant, n’a pu lutter plus longtemps contre la fatigue, le chagrin et la maladie. Mais, jusqu’au bout, il nous aura prodigué son amitié et sa sollicitude. Lorsque, bien loin d’imaginer qu’il vivait ses derniers jours, nous lui téléphonions ou allions le voir à l’hôpital, sans se plaindre il nous disait simplement qu’il n’était pas très optimiste, qu’il sentait que ce n’était pas très bon, comme s’il nous préparait tout doucement à l’inéluctable réalité qu’il pressentait : son proche départ.
Robert Duhoux est décédé le 23 février 2009 vers 20 heures, à l’hôpital du Bocage de Dijon où il était entré, trois semaines auparavant, pour des examens. En apprenant la nouvelle, nous avons tous eu la même réaction de stupeur et de refus tant Robert nous semblait indestructible. Nous le savions fatigué, malade, mais il était impossible que notre Robert soit parti comme ça, si vite. Au sein du Conseil municipal, nous l’appelions «.notre.» Robert et continuerons de l’appeler ainsi, soulignant de ce simple possessif toute l’affection, toute la connivence, toute l’amitié qui nous liaient, lui et nous, et qu’il nous inspirait à tous. Car notre Robert, en paroles et en actes, n’était que don de soi, disponibilité, infinie générosité, lui pour qui la vie, pourtant, ne s’était pas montrée généreuse ces dernières années, le frappant cruellement dans ce qu’il avait de plus précieux, de plus aimé : sa femme et ses filles. Mais toujours fidèle à soi-même, jamais il ne se laissait aller à se plaindre, préférant rire et plaisanter avec nous quand nous nous inquiétions à son sujet. Nous savions qu’il souffrait intérieurement, qu’il était malheureux, mais il n’en laissait rien paraître. Quoi qu’il lui arrivât, il allait de l’avant. Pudique, il ne confiait parfois ses préoccupations ou ses chagrins qu’à quelques amis intimes.

À présent, nous tous sommes orphelins de son inaltérable bonne humeur, de son sourire malicieux et bonhomme, de son regard plein de bonté, de sa joie de vivre, et surtout de sa formidable gentillesse. La seule souffrance qu’il nous aura jamais infligée sera de nous avoir quittés si abruptement, en nous laissant désemparés et affligés.
Nous allons devoir poursuivre notre chemin sans lui. Si sa présence physique chaleureuse nous manque durement, il est toujours présent dans notre esprit et dans notre cœur. Il n’est pas imaginable qu’un immense monsieur comme Robert ne laisse que du vide après lui. Il nous laisse, au contraire, une foule de souvenirs heureux ; il est et sera toujours présent à Asnières. Au détour d’une pensée, d’un mot, d’une phrase, il est là, à nos côtés, presque comme avant. Il est tellement présent qu’il nous arrive parfois, une fraction de seconde, d’oublier qu’il s’en est allé pour toujours. Une fête, une réunion, une cérémonie, un bon repas sont autant d’occasions de nous souvenir de lui avec émotion et tendresse, et d’évoquer en souriant les excellents moments que nous avons partagés, lui et nous. Et il en est sûrement heureux car il n’aurait pas voulu nous voir tristes à cause de lui. «.Certains vivants sont morts. Certains morts sont présents.» (Christine Orban). Nous nous rappellerons toujours aussi, avec un pincement au cœur, comment, a capella, il enlevait avec conviction La Marseillaise, lors des fêtes commémoratives, mettant tout son cœur — ainsi que dans tout ce qu’il faisait — à chanter cet hymne dédié à la liberté, au courage et à la lutte contre l’adversité.

Merci à tous les amis et les proches de Robert dont les précieux témoignages ont permis que ce texte fût rédigé. Même si les mots, parfois, sont bien impuissants à traduire nos sentiments, fasse que ces quelques lignes soient le garant de notre affection et de l’hommage rendu à Robert Duhoux qui fut un homme de vie, un homme de joie, un homme de paix, un homme de cœur, un homme rare, un honnête homme au sens du XVIIIe siècle.

Au revoir, cher Robert. Pour que perdure le lien, nous avons pris l’habitude de venir, tour à tour, te rendre visite sur ton petit coin de terre, te raconter Asnières, te raconter nous, te raconter la vie qui va, comme tu nous l’avais si souvent demandé..nous pensions alors que ce ne serait pas avant de très nombreuses années..et, peut-être, nous souvenant de ton inlassable courage, puiser auprès de toi quelque force pour, nous aussi, sans baisser les bras ni courber la tête, aller de l’avant.


Asnières-lès-Dijon, le 8 mai 2009.