ARBRE ET MYTHOLOGIE SYMBOLIQUE DE L'ARBRE
Daniel FREITAG, 21 septembre 2002 (1ère fête de l'Arbre)
En préambule.... (Jean M.AUEL "Les enfants de la terre ")
"... La journée touchait à sa fin et tous, dans la clairière, s'étaient rassemblés autour de l'arbre quand Thonalan donna les derniers coups de hache. Il se recula en entendant le tronc craquer et vit qu'il commençait à osciller. Le chêne s'écroula doucement au début, puis de plus en plus vite au fur et à mesure qu'il se rapprochait du sol, arrachant au passage des branches à ses voisins et même quelques jeunes chênes. Puis, dans un grondement de tonnerre, il atterrit sur le sol. Il rebondit une dernière fois, ses feuilles frissonnèrent et il s'immobilisa définitivement. Le silence envahit la forêt et même les oiseaux cessèrent de chanter, comme si la mort du vieux chêne exigeait cette marque de respect. L'arbre majestueux avait été abattu, séparé à jamais de ses racines, et dans ce sous-bois aux teintes terreuses et sourdes sa souche fraîchement coupée comblait une cicatrice encore à vif. S'approchant avec dignité, Dolando s'agenouilla à côté de la souche, puis, creusant un trou dans la terre avec sa main, il y déposa un gland. Puisse la Bienheureuse Mudo accepter notre offrande et donner la vie à un autre arbre, dit-il en recouvrant le gland de terre et en l'arrosant d'un peu d'eau..."
ARBRE ET MYTHOLOGIE LA SYMBOLIQUE DE L'ARBRE
Un peu d'imagination...
Essayons de nous imaginer à l'aube de l'humanité. Il y a environ 3 millions d'années, en Afrique.... Ma conscience s'éveille. J'existe. Autour de moi une nature à la fois accueillante et hostile : la flore, la faune, les rochers, l'eau, les torrents, lacs et mers, pluie, soleil, neige, glace, glissements de terrain, tremblement de terre...
Et cet instinct de vie. Ma pensée qui s'éveille. Je suis. L'essentiel est de survivre : manger, boire, s'abriter, dormir...
Mais on meurt aussi autour de moi...
- l'homo erectus : - 450 000 ans...
- l'homo sapiens, mon ancêtre : - 200 000 ans...
- l'homme de Cro-Magnon : - 40 000 ans...
- les grottes de Lascaux : - 20 000 ans.
Et voilà que je pense, que j'essaie de comprendre et expliquer ce qui m'entoure... J'invente alors les mythes, les cosmogonies. Il faut bien que j'explique comment est né le monde, comment il fonctionne.... ne serait-ce que pour me rassurer. Il y a ces drôles de choses, plus grandes que moi, qui poussent, grandissent, grossissent, ont des feuilles qui tombent, me fournissent litière ou matière à raviver le feu que je ne sais pas encore fabriquer et qu'il me faut conserver à tout prix...
Je taille mes silex, j'invente mes outils en silex : la hache, pointes de flèches, couteaux et autres objets qui me facilitent la vie. Je chasse, je coupe les arbres pour aménager mon abri, fabriquer mes sagaies, mon bateau... (plus tard, je polirai la pierre et bien plus tard encore je découvrirai le métal).
L'arbre devient mon premier matériau, mon allié, le plus facile à dompter. Il me donne les flèches, les sagaies, les pieux qui me permettent de fouir le sol (ah mon bâton à fouir !) pour trouver des racines comestibles, déplacer les blocs de pierre, améliorer la qualité de mon abri. Il me donne l'ombre quand le soleil est écrasant, me protège de la pluie. Il est un abri. Et un jour, par frottement, je découvre que je peux, grâce à lui, fabriquer le feu. Il est beau aussi : son feuillage change de couleur, tombe et renaît. Tombe et renaît...
Il me donne à réfléchir...
Il est vivant, car comme l'enfant, il pousse, il grandit et vit, longtemps, longtemps puisqu'il était déjà là du temps de mes ancêtres...
L'ARBRE DEVIENT SYMBOLE DE VIE
Cette signification concerne aussi bien les arbres à feuilles persistantes qui sont associés à l'immortalité, que ceux dont les feuilles tombent chaque année, puis repoussent, et qui symbolisent la régénération. II y a cette terre sur laquelle je marche et qui me donne à manger, cet air et ce vent qui sait être puissant, et ce ciel en haut avec sa lumière, ses nuages et ses étoiles, le soleil la lune...
L'arbre met en communication les trois niveaux du cosmos :
- Le niveau souterrain (ses racines fouillent les profondeurs ou elles s'enfoncent),
- Le niveau de la surface de la terre (le tronc et les premières branches),
- Le niveau aérien (les branches supérieures et la cime attirées par la lumière du ciel).
En outre, l'arbre met à contribution tous les éléments : eau, terre, air, feu : l'eau circule avec sa sève, la terre s'intègre à son corps par ses racines, l'air nourrit ses feuilles, le feu jaillit de son frottement...
L'ARBRE AXE DE L'UNIVERS
Je continue de réfléchir...
Ses racines plongent dans le sol, ses branches s'élèvent dans le ciel...
Cet arbre ne serait-il pas le médium entre la terre et le ciel ? Il unit le monde souterrain, la terre, et le ciel, le visible et l'invisible. Il devient outil de transcendance. C'est l'arbre du monde. L'arbre est l'axe du monde. Axis mundi.
Mais pas n'importe quel arbre. Il doit être majestueux. Alors mes cousins celtes prendront comme arbre cosmique le chêne.
Pour mes cousins de Germanie, ce sera le tilleul. Ceux de Scandinavie choisiront le frêne. Mes parents d'Orient éliront l'olivier. En Sibérie, ce seront le mélèze et le bouleau, ce dernier à cause de sa blancheur lumineuse...
Sur l'écorce du bouleau, des entailles seront les premiers signe d'un embryon d'écriture...
Les dieux, les esprits, les âmes emprunteront le chemin de cet arbre (ou axe) du monde, entre ciel et terre.
En Chine, l'arbre Kien-Mou, "dressé au centre du monde", est emprunté par les souverains pour monter au ciel ou en descendre. L'arbre évoque ainsi le cheminement de la Connaissance et de la Sagesse.
Pour les Japonais, les shintoïstes, l'arbre représente l'accomplissement de la perfection.
Dans toute l'Asie, les bouddhistes qui supposent que les, arbres abritent une «divinité, prient au pied de ceux qui se trouvent dans les temples et leur font des offrandes. D'ailleurs, c'est sous un arbre pipai, le Ficus Religiosa, que Bouddha médita durant cinq ans avant d'atteindre l'illumination ou la Connaissance suprême (VIème siècle avant J.C.). Cet arbre est tellement sacré chez les Hindous, qu'ils prêtent serment sous son ombre et que les marchands refusent de s'installer près d'un arbre de ce genre parce que, disent-ils, il ne leur serait pas possible de demander, pour leurs marchandises, plus que le juste prix...
En Inde toujours, l'arbre étant considéré comme symbole de virilité, on simule des mariages entre femme et arbre pour renforcer la fécondité de la fiancée. L'arbre est en effet un symbole quasi universel de fertilité. Une coutume qui subsiste encore aujourd'hui en Inde comme dans certains pays méditerranéens veut que les femmes stériles nouent des mouchoirs rouges aux branches des arbres.
Les jeunes femmes de certaines tribus nomades iraniennes se tatouent sur le corps un arbre "dont les racines partent du sexe et les frondaisons s'épanouissent sur les seins"...
L'ARBRE EST A LA FOIS HOMME ET FEMME
L'arbre réunit en lui un principe féminin et masculin : avec son tronc dressé vers le ciel, il figure le Phallus, image archétypale du père : il est alors symbole de force, de puissance "éminemment solaire", tandis que l’arbre creux, de même que l'arbre au feuillage dense et enveloppant, où nichent les oiseaux et qui se couvre (périodiquement de fruits évoque lui, l’image archétypale lunaire de la mère fertile : c'est le chêne creux d'où s'échappe l'eau de la fontaine de jouvence.
Le mythe de 1'"arbre-ancêtre" ("père-arbre" ou "mère-arbre") commun à de nombreux peuples se retrouve d'ailleurs, quoiqu' ayant perdu sa signification originelle, dans l'arbre généalogique.
Plus près de nous avec le Christianisme
Toutes ces croyances peuvent sembler curieuses ou prêter à sourire à nous autres, occidentaux, de tradition judéo-chrétienne et qui souvent croyons détenir la vérité. N'oublions pas que, si les femmes stériles n'accrochent pas de chiffons rouges à certains buissons, la généalogie du Christ est représentée sous la forme d'un arbre sortant du nombril, de la bouche ou du flanc de Jessé...
La Bible nous renvoie à la Genèse dont l'arbre de vie avait pour sève la rosée céleste et son fruit procurait l'immortalité (ou la Connaissance, ce qui revient au même). L'arbre de vie figure également dans la description de la Jérusalem céleste, toute de pierres précieuses -cf Saint-Jean, (Apocalypse 22,2) : "Au milieu de la place de la ville et sur les deux bords du fleuve se trouve l'arbre de vie, qui donne douze récoltes, produisant ses fruits chaque mois, et les feuilles de cet arbre sont pour la guérison des nations ". Aux côtés de l'arbre de vie qui poussait dans le jardin d'Eden, se trouvait l'arbre de la connaissance ou de la science du Bien et du Mal, dont le fruit défendu consommé par Adam et Eve a provoqué leur chute et entraîné celle des hommes en en faisant des mortels. Les Pères de l'Eglise ont associé très tôt l'arbre d'Adam -le pommier- à celui qui a fourni son bois à la croix du Christ d'où les représentations fréquentes de "croix feuillue ou d'Arbre-croix". Le Christ est alors lui-même assimilé à l'arbre de vie, puisqu'il permet la rédemption. La liturgie du jour des Rameaux l'évoque "L'ennemi victorieux par le bois (allusion à l'arbre de la tentation) fût de même vaincu par le bois (allusion au bois de la croix du Christ)". La croix réunit ainsi la signification des deux arbres du paradis : "celui qui donne la mort et celui qui confère l'immortalité "...{[à vie éternelle). Ce symbolisme de l'arbre et de la croix explique sans doute l'usage de toucher du bois quand on vient de prononcer une phrase, généralement pour écarter quelque danger possible. L’arbre de Noël. pour certains, est dérivé de l'arbre de la Connaissance. Par ailleurs, c'est à un arbre que Judas s'est pendu.
GERMAINS ET GAULOIS
Plus près de nous.
Germains et Gaulois rendaient un culte aux arbres : ils allumaient des cierges ou leur faisaient des offrandes. Le poète latin Lucain (1er siècle de notre ère) rapporte au sujet de la forêt de Marseille, que les Gaulois se gardaient de couper les arbres et que "les romains n 'y portèrent la hache qu 'en tremblant, parce que sans doute ils avaient entendu dire aux gens du voisinage que la hache reviendrait blesser le sacrilège ".
Le châtiment réservé par les anciennes lois des Germains à ceux qui arrachaient l'écorce d'un arbre donne toute la mesure de la vénération qu'ils lui portaient : "on coupait le nombril du coupable, et on le clouait à la partie de l'arbre dont il avait retiré l 'écorce, puis on faisait tourner le malheureux autour de l'arbre jusqu 'à ce que toutes ses entrailles se fussent enroulées autour du tronc. Le but de ce châtiment était, évidemment de remplacer l'écorce morte par quelque chose de vivant provenant du coupable, c'était une vie pour une vie...
La vie d'un homme pour la vie d'un arbre " (d'après l'ethnologue FRAZER James George). D'après Paul Sébillot, spécialiste du folklore, "des trois grands cultes naturalistes (arbres, pierres, eaux -sources, fontaines-) qui existaient en Gaule avant le Christianisme, celui des arbres était le plus populaire dans ce pays où les forêts étaient si nombreuses et si respectées".
Les évangélisateurs parvinrent sans trop de mal à abattre les temples voués aux divinités de Rome ou aux dieux gaulois romanisés, mais ils rencontrèrent plus de résistance quand il s'agissait d'arbres faisant l'objet de dévotions.
Jusqu'au IXème siècle, l'Eglise renouvela périodiquement l'interdiction du culte des arbres et de leur faire des offrandes. Une ordonnance de Charlemagne s'attaqua au rite consistant à placer auprès d'eux des chandelles allumées... La coutume des arbres de mai (plantés le 1er mai) a pour origine un rite romain de fertilité en l'honneur de la déesse Maia.
LE BATON QUI REVERDIT
La vie des saints évoquait assez souvent les "bâtons qui reverdissent", c'est à dire des arbres nés du bâton d'un saint. En général, le saint a fiché son bâton en terre avant de se reposer, et à son réveil, ce dernier s'est métamorphosé en arbre (on retrouve là un thème de l'Antiquité : la massue d'Hercule plantée dans le sol se recouvrit de feuillage). Citons seulement Saint Christophe. Lorsque Saint-Christophe porta sur ses épaules le Christ enfant et lui fit traverser une rivière, celui-ci lui dit : "Je suis le Christ, ton roi, que tu as servi en cette affaire : pour que tu saches que je dis la vérité, plante en terre, quand tu auras traversé la rivière, ton bâton près de la chaumière, et demain tu verras qu 'il y aura des fleurs et des fruits ". Saint-Christophe ayant planté son bâton, le retrouva le lendemain avec des rameaux et des dattes...
Selon les régions, ou les pays européens, on trouve ainsi de nombreuses légendes qui voient un bâton se couvrir de feuillages.
Ce thème du bâton qui reverdit se répartit en deux groupes :
- soit ce miracle sert à affirmer l'innocence d'un accusé ou à démontrer que le héros de la légende est l'objet de la faveur divine,
- soit il indique la fin d'une pénitence imposée et marque que le personnage a obtenu le pardon de Dieu. II n'y a pas que la tradition chrétienne qui utilise ce thème. On le trouve aussi en dehors du christianisme.
L'ARBRE, DOMAINE DES ESPRITS
Toutes ces traditions reposent sur une croyance signalée déjà par le philosophe platonicien PORPHYRE (mort en 305) et répandue dans le monde entier, voulant que l'arbre abrite une âme ou un esprit. Les feuilles qu'il porte également. Ce n'est plus le vent qui les agite, c'est l'être vivant caché en elles. De là vient la conviction que les arbres sont doués de sensibilité et qu'ils comprennent notre langage. Quand on abat un chêne, on dit qu'il pousse des cris perçants et des gémissements que l'on peut entendre à un mille à la ronde. L'arbre (pleure ou saigne quand on le coupe (sève qui coule) : on rencontre cette croyance chez certains peuples d'Afrique centrale et parmi certains Indiens d'Amérique du Nord. Avant de couper un arbre, de nombreux primitifs tentent d'apaiser l'esprit qui y réside en lui adressant des excuses, en faisant des prières, des offrandes dans l'idée que s'en abstenir peut entraîner la mort.
Les Indiens, pour qui il est mal d'abattre un arbre
-ils n'utilisent que le bois de celui qui est tombé de lui-même
- croient que les trous des arbres sont des portes par lesquelles passent les esprits.
Parfois, ce sont les âmes des morts qui animent les arbres : ainsi, au Nigeria, aux Philippines ou en Australie, où la tribu des DIERIS considère que certains arbres sont "leurs pères métamorphosés".
En Corée, les âmes de ceux qui meurent de la peste, sur les routes, ou celles des femmes mourant en couches résident également dans les arbres. "On offre à ces esprits, sur des tas de pierres amoncelées sous les arbres, des gâteaux, du vin et de la viande de porc.
Au Tibet, pour ne pas offenser les divinités qui résident dans les arbres, les livres sacrés prescrivent de tracer un cercle autour de lui, sept ou huit jours avant de le couper, et de lui offrir diverses oblations, parfums, fleurs.
On raconte, chez les Yakoutes, en Afrique, "qu'au nombril de la terre se dresse un arbre florissant à huit branches... La couronne de l'arbre répand un liquide divin d'un jaune écumant. Quand les passants en boivent, leur fatigue se dissipe et leur faim disparaît...
Quand le premier homme, à son apparition dans le monde, désira savoir pourquoi il était là, il se rendit près de cet arbre gigantesque dont la cime traverse le ciel... Il vit alors, dans le tronc de l'arbre merveilleux, une cavité où se montra jusqu 'à la ceinture une femme qui lui fit savoir qu 'il était venu au monde pour être l 'ancêtre du genre humain ".
Pour les moines du Siam, casser la branche d'un arbre, c'est déposséder une âme. Les Siamois font des offrandes (gâteaux et riz) aux arbres qu'ils vont abattre, de peur d'attirer le malheur.
Au Japon aussi les arbres sont habités par des esprits. Parfois un spectre sort de l'arbre et se promène déguisé le plus souvent sous l'aspect d'une belle femme. Au Japon toujours, quand un arbre fruitier tardait à donner des fruits, deux hommes «venaient le menacer : l’un grimpait dans les branchages, l'autre se tenait au pied et menaçait l'arbre de l'abattre s'il refusait de porter ses fruits. Invisible dans les ramures, jouant le rôle de l'esprit, le compère s'engageait alors à donner satisfaction au propriétaire du verger et suppliait de ne pas être condamné jusqu 'à la saison suivante ".
En Jamaïque, qui coupe un vieil arbre entraîne la mort d'une personne âgée de sa famille.
QUELQUES TRADITIONS EUROPEENNES
Les traditions européennes sont conformes à ces croyances.
Ronsard (Elégies)
Ecoute bûcheron, arrête un peu le bras !
Ce ne sont pas des bois que tu jettes à bas ;
Ne vois-tu pas le sang, lequel dégoutte à force,
Des nymphes qui vivaient dessous la dure écorce ?
Les arbres abritent les esprits du bois ou de la forêt, notamment les elfes qui résident dans les souches et les racines des arbres.
Des fées dansent également au pied de certains arbres, particulièrement le hêtre ; elles punissaient parfois ceux qui touchaient à leur arbre favori. Couper un arbre, voire même un seul rameau peut faire périr ou rendre infirme d'un membre.
En Suisse, où une petite forêt domine souvent les villages exposés aux avalanches, elle est sensée arrêter les éboulis. Un berger eut un jour la main paralysée pour avoir voulu y couper une branche et du sang qu 'on eut toutes les peines à arrêter" s'échappait du tronc. "Tous les ans, à l'anniversaire de ce crime, le berger entend un vacarme épouvantable. Ce sont les lutins des troupeaux qui vengent les arbres de la forêt... ".
Autre exemple d'arbre qui saigne : Au château de Clisson (Loire Atlantique), un sapin qui a été planté à l'endroit où des Vendéens furent fusillés, verse du sang si on y fait une entaille.
A Montmusson (Loire Atlantique) "on assure qu'à l'anniversaire du jour où le curé de la paroisse fut fusillé au pied d'un chêne, celui-ci pleure et que si l'on se trouve la nuit près de lui, on entend des gémissements ".
Dans les Vosges, on dit que les âmes de ceux qui ont été punis par le diable résident dans les arbres tordus.
En Europe toujours, il était d'usage de souhaiter la bonne année aux arbres, notamment aux arbres fruitiers, avec l'arrière pensée que cet acte favoriserait une bonne récolte.
Dans l'Auxois, par exemple, la veille du jour de l'an, on envoyait les enfants dans les vergers où ils frappaient du pied chacun d'eux en disant : "Bonne année de poires (pommes, prunes, etc.) ".
En Belgique, en Grande Bretagne, on rencontre des rites similaires.. Dans toute l'Europe, il était couramment admis qu'attacher de la paille autour des arbres fruitiers le soir de Noël (ou du Nouvel An, ou à la Saint-Jean) les rendait féconds et les protégeait des intempéries (ce que l'on peut rapprocher de l'usage romain d'entourer de liens les vieux arbres pour les préserver de la pourriture et de la mort).
En Sicile, quand un arbre fruitier ne donnait pas de fruits, le samedi saint, son propriétaire, armé d'une hache et accompagné d'un ami, faisait semblant de l'abattre. Au moment d'abaisser son outil, l'ami se faisait l'avocat de l'arbre et demandait à son propriétaire de patienter encore un an.
En Savoie, on parcourait jardins et vergers avec des torches enflammées dont on menaçait les arbres fruitiers : « Regardez, si vous ne portez pas de bons fruits, vous serez arrachés et brûlés selon le mot de l'Evangile ». On peut aussi cracher, le 10 mars, sur chaque arbre.
En Bavière, avant de planter un arbre, quel qu'il soit, il est recommandé de s'accroupir dans le trou que l'on a creusé et de s'y soulager, en sachant que "plus on le fera copieusement, plus la réussite de la plantation sera assurée ; diable, bêtes ou lutins qui voudraient nuire à l'arbre se prendront les pieds dans cette glu d'un nouveau genre et se hâteront de fuir ".
Selon une croyance répandue en France et en Belgique, planter un clou (ou une épingle) dans l'écorce d'un arbre ou le jeter dans le creux d'un tronc soulage les maux de dents.
Autre croyance : Si un époux qui doit s'absenter noue les branches de deux arbres proches de la maison et qu'à son retour le nœud a disparu, il peut être sûr que sa femme l'a trompé ! Quant à l'usage de graver un cœur ou le nom d'une personne aimée sur un tronc d'arbre, il obéit sans doute à une arrière pensée magique, en général inconsciente, selon laquelle l'amour sera, à l'image de l'arbre, quasi inaltérable.
ET POUR CONCLURE....
J'ai cité l'arbre de Jessé. J'aurais pu aussi parler de l'arbre vu en rêve par Nabuchodonosor et l'interprétation qu'en fit Daniel ou citer Ezéchiel où le Pharaon est comparé à un cèdre du Liban.
On pourrait donner de nombreux autres exemples démontrant l'importance de l'image de l'arbre dans la "conscience" humaine, quel que soit le pays. L'arbre est universel.
Même en astrologie : chaque signe correspond à un arbre : Bélier, Scorpion : houx Taureau, Balance : myrte Gémeaux, Vierge : olivier Cancer : noyer Lion : chêne Sagittaire : bouleau Capricorne : pin.
Et chaque arbre a une signification plus ou moins positive.
Quelques exemples :
- Acacia : amour platonique
- Amandier : étourderie Châtaignier : rendez-moi justice
- Frêne : grandeur
- Mélèze : audace
- Olivier : paix
- Osier :franchise
- Tilleul : amour conjugal
- Aubépine : espérance
- Cerisier : bonne éducation
- Chêne : hospitalité
- Erable : réserve
- Lierre : amitié
- Marronnier : luxe
- Platane : génie S
- apin : élévation
GUILLEVIC ("Autres ")
C'est actif, un arbre. Pas de dimanche. II y a les hivers. Ça usine.
GUILLEVIC (« Domaine »)
Chaque arbre a sa façon d'appâter le soleil.
UN CATECHISME DE COMPAGNONNAGE (Celui des Bons Cousins Fondeurs, vers 1770):
Demande : quel est l'arbre le plus haut ?
Réponse : Les deux mains sur la tête
D : L'arbre le plus touffu ?
R : On touche ses cheveux
D : L'arbre à dix branches ?
R : On présente les deux mains jointes
D : L'arbre fourchu ?
R : On montre deux doigts
D : L'arbre noué ?
R : On montre le genou
D : L'arbre tordu ?
R : La jambe droite pliée
D : Le tronc de l'arbre ?
R : On montre le corps
D : Les racines de l'arbre ?
R : On montre les pieds
D : Les branches de l'arbre ?
R : On étend les bras
D : La tête de l'arbre ?
R : On touche la tête...