Les temps préhistoriques
Azé avait la chance de posséder plusieurs cavités naturelles qui ont conservé des vestiges et des traces de l’homme préhistorique (époque magdalénienne). Moins 10 000 ans avant notre ère, et avant cette époque, des ours des cavernes ont occupé les galeries souterraines comme en témoigne le gisement qui est un des plus riches d’Europe.
Plus près de nous, les hommes du néolithique ont fréquenté cette région (nombreuses poteries retrouvées). Le musée des Grottes installé au milieu du site de la Balme contient des trésors archéologiques qui retracent toute l’histoire de cette contrée.
L’occupation celtique (gauloise) a laissé des vestiges (vases funéraires), mais c’est surtout l’époque gallo-romaine qui a marqué ce village d’Azé (Aziacum)
Curieusement, tous les Azé de France ont la même identité. Situés dans des coteaux à vignobles, avec des crêtes boisées et des petites plaines à céréales, ils bénéficient de sources et d’une eau vive qui peut actionner des moulins à grains. Ils sont situés à proximité d’un castrum romain (Matiscu, Mâcon pour Azé) qui pouvait les protéger en cas d’incursion étrangère.
Tous les Azé de France ont été crées par des soldats romains qui s’établissaient en construisant une villa dans un pays conquis. Un érudit d’Azé (Mayenne) a émis l’hypothèse selon laquelle c’était la même famille – les Azi ou Azé – qui donnaient leur nom à une villa crée par des militaires de la famille qui s’étaient établis dans des pays conquis (Val de Saône et Val de Loire).
La Villa d’Azé s’est construite autour de la source du lavoir Saint Etienne qui existe encore au centre du village.
Avec ses Grottes dont deux sont aménagées pour les visites, dans le site de Rizerolles, avec son musée très riche, le village d’Azé résume à lui seul toute la vie des hommes qui occupaient cette région depuis la nuit des temps.
A cette époque romaine succèdera une époque que nous pourrions appeler époque clunisienne. Azé et Cluny ont une frontière commune et pendant un millier d’années leurs destins se sont confondus.
Seuls quelques petits fiefs furent tolérés par les moines à proximité de la Grande Abbaye. Des fermes fortifiées tenues par des moines (La Milleroche, Monchanin) gardaient les passages vers Cluny. Sur la Mouge (rivière d’Azé qui se dirige vers la Saône) sept moulins produisaient la farine pour une région qui voyait défiler les nombreux pèlerins se rendant à Rome et à Saint Jacques de Compostelle.
Les temps modernes
La paroisse d’Aine fut rattachée à celle d’Azé qui possédait une belle église romane, près de la Teppe Saint Martin où les croisés se réunissaient pour le Grand Départ.
Avec son blé et son vin Azé demeura une petite cité florissante et au fil des ans les pierres de la vieille villa romaine serviront à construire les maisons du Bourg et des deux hameaux (Aine et Rizerolles).
Les guerres de religion qui secouèrent tant le Mâconnais se déroulèrent à l’écart du village.
L’époque contemporaine
Azé n’a jamais eu de demeure seigneuriale importante – la politique des abbés de Cluny (diviser pour régner) fit qu’à la Révolution de 1789, les brigands (c’est ainsi qu’on appela les premiers révolutionnaires) ne purent s’attaquer qu’au fermier des Dîmes « dont ils brisèrent tout le mobilier ».
Réhabiliter par l’Histoire « ces brigands » héritiers sans le savoir des idées du « siècle des Lumières » voient maintenant leurs noms gravés sur le marbre de la porte de la mairie du village.
La déchéance de Cluny fît la fortune d’Azé – Les pierres de l’abbaye servirent à faire des routes solides – Les « biens nationaux » enrichirent les familles aisées qui pouvaient les acheter (terres à vignes) et dont les descendants sont pour la plupart les actuels propriétaires.
La commune se vit doter de 500 ha de bois, de pacages et surtout de terrains propices à la culture de la vigne. Certains classés en A. O. C (appellation d’origine contrôlée) donnent ou donneront une certaine aisance à la commune qui les loue avec des baux de 30 ans à des particuliers.
A la fin du 19ème siècle, l’invasion du phylloxera qui détruira tout le vignoble marquera le déclin d’Azé. Les vignerons s’exileront en ville (Lyon, Paris) et en Afrique du Nord, (Tunisie, Algérie).
Grâce aux greffes des plants locaux sur des « bois américains » qui résistent aux maladies, après 30 ou quarante ans, le village renaissait.
La guerre de 1914-1918 faucha 10 classes d’hommes jeunes, tous vignerons ou artisans. Cette « saignée » fit abandonner la moitié de la surface du vignoble.
La création d’une cave coopérative où l’on élabore le vin en commun et l’effort des femmes pendant la guerre de 39-45, fit que la commune reprit son essor au milieu du siècle dernier.
Dans les années 60 quelques habitants d’Azé décidèrent de construire une piscine (sans aucune subvention), alors que les grandes villes de Saône et Loire (Chalon, Le Creusot etc.) n’en possédaient pas. Azé petit village de 500 habitants avait sa propre piscine dans le site de Rizerolles. Des dizaines d’enfants y ont connu les joies du bain et de la natation.
A souligner que les batailles de la Libération furent rudes dans un village qui occupait une posture stratégique entre Mâconnais et Clunysois. Le carré des « morts pour la France » dans le cimetière communal en témoigne.
Et maintenant,
avec sa surface de 1 500 ha, chiffre rare en Mâconnais qui possède beaucoup de communes de faibles superficies,
avec ses 500 ha en zone d’appellation contrôlée dont seulement les 2/3 sont plantés en cépages nobles : Chardonnay, Gamay, Pinot, et Aligoté. (Il reste encore 200 ha qui pourraient être théoriquement plantés, potentiel unique en Mâconnais),
avec sa population qui a doublé en 30 années,
avec des habitants qui apprécient une région où il fait bon vivre,
Azé, l’ancienne Aziacum des Romains, peut voir l’avenir avec la confiance que lui inspire son histoire.
Texte de M. GAGNARD, qui fut maire d’Azé de 1972 à 1989.
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