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Travaux de restauration de la Basilique



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Par Frédéric DIDIER Architecte en chef de Monuments historiques.


La basilique Notre-Dame de Paray-le-Monial est l’un des chefs-d’œuvre de l’art roman bourguignon du XIIème siècle. Eglise d’un prieuré clunisien, élevée en même temps que la grande église abbatiale de Cluny, elle offre l’image la plus proche de ce que pouvait être cette dernière avant sa destruction. Ayant heureusement traversé les siècles, la basilique de Paray-le-Monial est aussi un lieu de spiritualité bien vivant, dont le rayonnement dépasse largement la Bourgogne.
Après la remise en état extérieure de l’église et du Prieuré, une très importante campagne de restauration a été entreprise à l’intérieur de l’édifice, très encrassé et vétuste.
En premier lieu, la réfection du dallage a été menée en y intégrant le chauffage en remplacement de l’ancien système à air pulsé qui contribuait à salir les murs. A cette occasion des fouilles archéologiques ont permis de mieux connaître l’histoire du monument en mettant à jour, sous le dallage actuel posé au XVIIIème siècle, le carrelage ornemental de terre cuite médiéval ainsi que les restes du sanctuaire ayant précédé l’édifice actuel, au début du XIème siècle .
Les travaux concernent désormais l’ensemble des murs extérieurs. Il est divisé en 3 tranches qui porteront successivement sur le chœur, le transept et la nef. Le chantier du chœur est aujourd’hui en voie d’achèvement, puisqu’il sera terminé le 23 Octobre prochain, à l’issue de 9 mois de travaux, avant d’entreprendre les deux phases suivantes, qui s’étaleront sur 6 mois chacune. Cette opération est réalisée sous la maîtrise d’ouvrage de la Ville de Paray-le-Monial et la maîtrise d’œuvre de l’architecte en chef des Monuments Historiques, avec la participation financière de la Communauté Européenne, du Ministère de la Culture (DRAC de Bourgogne), de la Région Bourgogne et du Département de la Saône-et-Loire.
Les travaux conduisent à reconsidérer entièrement l’aspect actuel de la basilique : en effet la vision d’un édifice sombre, aux murs en pierre brute jointoyés au ciment est une présentation moderne qui résulte du décapage intérieur complet de l’édifice entrepris à la veille de la Seconde guerre Mondiale et achevé en 1958. Cette volonté de présentation du matériau de construction laissé apparent a été alors interprétée comme un retour à la pureté et à l’authenticité originelle supposée à l’époque romane, selon une doctrine très répandue dès le début du XXème siècle, qui a vu de très nombreuses interventions de ce type tant en Bourgogne qu’en France ou en Europe.
Or les études et recherches qui ont été menées depuis lors démentent globalement cette hypothèse. Dans le cas de la basilique de Paray-le Monial, malgré le décapage quasi systématique opéré, nous avons pu retrouver et analyser de très nombreux vestiges qui attestent que, depuis sa construction et de façon ininterrompue jusqu’en 1930, l’édifice a toujours été enduit et badigeonné, avec, selon les époques, un usage différencié de la couleur. Cela est d’autant plus évident que l’église offre une architecture savante, remarquablement dessinée, mais dont l’exécution technique n’atteint pas à la même perfection que son grand modèle, Cluny.
Les hésitations et défauts de la construction, dont l’étude se révèle significative étaient nécessairement masqués par le revêtement polychrome soulignant les lignes de l’architecture.
Face à ce constat, le choix de retrouver la continuité historique s’imposait. C’est l’état à la fin de l’époque gothique qui a été retenu, car il s’avérait le plus complet et le mieux documenté, avec des éléments incontournables à remettre en valeur :
- il correspond tout d’abord à la dernière grande transformation de l’édifice, avec la construction, dans le bras sud du transept, de la Chapelle de Damas-Digoine, qui a coïncidé avec une campagne complète de renouvellement des enduits et du décor.
- Il est le seul état dont des éléments significatifs soient parvenus jusqu’à nous, en tout premier lieu le grand christ du cul-de-four, qui avait été redécouvert vers 1930.
- Lors du chantier, de nouvelles découvertes sont venues préciser nos connaissances, dans les chapelles rayonnantes Nord et Sud du déambulatoire, ainsi que la chapelle Sud Est du chœur.
- les décorations ultérieures, avant le badigeon uniforme passé à la fin du XVIIIème siècle, reprenaient le même parti, qui a donc perduré plus de 4 siècles.
- Le décor roman est réduit à l’état de traces, qui attestent d’une riche polychromie dans le chœur, mais trop lacunaire pour pouvoir être interprétée dans son organisation.
La présentation intérieure retrouvée de la basilique nous livre un édifice lumineux, qui exploite toutes les ressources de la réflexion de la lumière naturelle issue des nombreuses fenêtres sur les murs et les voûtes, badigeonnés en blanc (alors que jusqu’à présent un apport d’éclairage électrique s’avérait nécessaire en permanence). L’architecture romane savamment dessinée est mise en valeur par les badigeons ocre jaune à faux joints blancs accompagnant les piles et les arcs, en écho aux teintes contrastées retrouvées dans le grand christ en majesté peint sur le cul de four. Ce ton ocre jaune s’inspire bien évidement de la couleur de la pierre locale. Sa nuance exacte a pu être retrouvée grâce aux fragments remis au jour dans les chapelles, qui ont été conservés et restaurés pour demeurer visibles. Ces travaux s’accompagnent de la réfection complète de l’installation électrique.
Haut lieu de spiritualité, la basilique de Paray le Monial retrouve donc aujourd’hui, grâce aux soins les plus scrupuleux, l’aspect qu’avaient voulu lui conférer ceux qui la conçurent au moyen-âge pour y célébrer l’esprit divin.